Sommes-nous tous accros à nos portables ?
Le smartphone est devenu l’un de ces objets du quotidien sans lesquels on n’imagine plus vivre. Pourtant, derrière sa banalité, une question est restée en suspens : et si ce petit rectangle de verre et de plastique, censé nous simplifier la vie, nous la compliquait ? Car l’addiction aux écrans nous concerne tous, de la naissance à la retraite. Pour les seniors, cette question revêt une dimension particulière. À un âge où l’on cherche souvent à préserver son autonomie et à rester en lien avec ses proches, le téléphone peut devenir à la fois un allié et un piège.
Les notifications incessantes, la tentation de “juste vérifier” un message, ou encore l’habitude de consulter son écran dès le réveil sont autant de comportements qui, sans être dramatiques en soi, peuvent finir par peser sur le bien-être. Mais comment distinguer une utilisation normale d’une dépendance ? Et surtout, comment reprendre le contrôle sans se couper totalement d’un outil devenu indispensable à de nombreuses démarches ?
L’addiction aux écrans : un phénomène qui ne se limite pas aux jeunes
L’addiction aux écrans peut prendre plusieurs formes : si on a souvent en tête le cliché du geek enchaînant les heures de jeu, d’autres manières de consommer les écrans se sont imposées, plus insidieuses, mais aussi plus acceptées. Les jeux sur téléphone et les réseaux sociaux ont développé leurs algorithmes pour favoriser la sécrétion de dopamine dans le cerveau : régulièrement, l’effort ou le temps passé est récompensé par quelque chose d’agréable. Et sans s’en rendre compte, on peut passer des heures à chercher cette sensation de plaisir. Un simple coup d’œil pour vérifier ses messages, un mail, une recherche sur internet, pour au final oublier ce que l’on était en train de faire : lire, marcher, discuter. Cette empreinte se produit fréquemment sans conscience de notre part. Le smartphone devient une habitude : nous le vérifions par ennui, par routine, ou pour combler le temps.
Selon les recherches, ce sont les 25-49 ans qui dédient le plus de temps à leur écran, jusqu’à 3 à 4h par jour en moyenne. Pour autant, le problème existe de plus en plus chez les seniors. Il se différencie surtout par la nature des usages : chez les jeunes, l’utilisation se targue d’être sociale ; chez les plus âgés, l’addiction concerne bien souvent les applications pratiques (messagerie, actualités, banque en ligne, messagerie instantanée). Chez les seniors isolés, le smartphone peut devenir un compagnon apprécié, qui permet de prendre facilement et rapidement des nouvelles de tous ses proches, où qu’ils soient.
Le problème survient lorsque l’usage devient automatique, presque compulsif. Par exemple, consulter ses mails professionnels en dehors des heures de travail peut sembler anodin, mais cela maintient le cerveau en état d’alerte permanent. Chez les retraités, c’est souvent la peur de manquer quelque chose – un message d’un proche, une information importante – qui pousse à garder le téléphone à portée de main en permanence. Pourtant, cette vigilance constante a un coût : elle fatigue l’esprit, perturbe le sommeil et peut même alimenter un sentiment d’isolement, paradoxalement. Et la dimension fragmentante des écrans, qui pousse à interrompre une activité pour passer à une autre, est probablement l’un des facteurs les plus inquiétants pour la concentration des personnes âgées.
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Reconnaître les signes d’une dépendance au téléphone
Un des signes importants à observer est la fréquence de l’utilisation du téléphone. Si on le sort à la moindre pause ou dans les transports en commun ou qu’on le consulte de manière systématique le soir avant de dormir ou le matin en se réveillant, même sur une courte durée, c’est qu’il faut interroger son rapport au téléphone. Le deuxième signe, c’est de ne pas pouvoir se passer de son smartphone, même en présence de ceux qu’on aime.
La solution ? Essayez de vous passer de votre mobile quelques heures et voyez ce qu’il se passe : vous vous sentez soulagé ? Vous avez donc besoin de pauses régulières. Si vous avez du mal à couper avec la consultation compulsive de votre téléphone, que vous paniquez lorsque vous n’y avez plus accès, il peut être intéressant d’en parler pour comprendre si une addiction aux écrans est en jeu.
Parfois, les proches peuvent être alertés par la consultation du téléphone par leurs parents, en oubliant qu’eux-mêmes y consacrent beaucoup de temps, et que le smartphone est aujourd’hui le moyen par excellence pour rester en contact avec ses amis ou sa famille. Le téléphone a dans ce cas une fonction sociale bénéfique, et le restreindre excessivement peut aussi poser des problèmes dans la vie quotidienne.
D’autres petits comportements peuvent en dire long : interrompre un repas pour répondre à un message, consulter son téléphone pendant une conversation… Mais aussi la qualité du sommeil, l’activité physique, la qualité de la vie sociale. Lorsque la vie quotidienne est altérée par l’usage du numérique, il est important de se poser les bonnes questions et de se faire aider.
Des applications natives de suivi, de plus en plus sophistiquées, sont intégrées à certains systèmes d’exploitation. Elles fournissent des indicateurs clés comme le temps d’écran, le nombre de déverrouillages et les notifications reçues depuis 24 heures. Elles peuvent aussi permettre de paramétrer des temps sans écran.
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Retrouver un équilibre sans se couper du monde numérique
Une fois qu’on a pris conscience de l’impact des écrans sur sa vie sociale, son sommeil ou son moral, il faut se résoudre à les utiliser moins et agir concrètement.
Cela commence par la désactivation des notifications, qui poussent à consulter son écran intempestivement. Lorsque le téléphone devient silencieux, on est moins dérangé, plus apaisé, ce qui peut paraître surprenant. La seconde étape consiste à fixer des plages horaires sans écran ou sans certaines applications (réseaux sociaux, messageries instantanées…). Cela permet de reprendre contrôle sur son utilisation et sa consommation du smartphone, pour profiter de son utilité, sans se noyer dans les notifications, fils d’actualité et conversations sans fin. Il ne s’agit pas de renoncer au numérique, mais de l’utiliser de façon plus réfléchie, en phase avec ce qui est important pour vous et vos proches. Tout le monde est concerné, de près ou de loin, par un usage déraisonné des écrans. En parler autour de soi, à son médecin, à ses proches ou consulter un psychologue si besoin peut aider à lever le tabou de l’addiction aux écrans et à faire le point sur d’autres aspects de la santé physique et mentale.
© iStock
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