Addiction aux jeux vidéos : de nouveaux mécanismes entrent en jeu

Santé mentale Addiction aux jeux vidéos : de nouveaux mécanismes entrent en jeu

Addiction aux jeux vidéos : de nouveaux mécanismes entrent en jeu

| 5 min de lecture

Reconnue par l’OMS depuis 2019, l’addiction aux jeux vidéos touche une petite partie des joueurs, mais peut avoir des répercussions gigantesques, notamment chez les plus jeunes. Depuis plusieurs années, les pratiques de jeux ont évolué : micro-transactions, jeux mobiles, exploitation des données personnelles… Le jeu vidéo s’appuie de plus en plus sur des mécaniques addictives, auxquelles il est difficile de résister. 

Qu’est-ce que l’addiction aux jeux vidéos ?

On parle de trouble des jeux vidéos ou d’addiction aux jeux vidéos lorsque la pratique vidéoludique affecte la vie professionnelle, personnelle, familiale ou sociale. Il se caractérise par :

  • Une perte de contrôle sur le jeu : il devient difficile de s’arrêter ou de faire d’autres activités de la vie quotidienne
  • Une priorité accrue accordée au jeu : celui-ci prend le pas sur d’autres centres d’intérêt ou activités, y compris sur les tâches importantes du quotidien (soins, démarches administratives, hygiène…)
  • La poursuite ou la pratique croissante du jeu malgré des répercussions dommageables.

Il s’agit d’un trouble du comportement sévère qui altère la vie quotidienne de façon durable.

Contrairement à des substances illégales ou réglementées comme les drogues, l’alcool ou les médicaments, le jeu vidéo est en accès libre et largement utilisé par des enfants et adolescents. Il peut donc être difficile de différencier un trouble lié à la pratique du jeu d’autres soucis classiques à l’adolescence : opposition, crise identitaire, perte d’intérêt pour les passions de l’enfance…

Si la majorité des joueurs ne sont pas touchés par ce trouble, chacun doit être attentif aux temps passé sur les jeux, surtout si la pratique a des répercussions sur la vie professionnelle ou personnelle ou si des changements physiques ou psychologiques importants sont observés. Les enfants, plus fragiles, doivent aussi être sensibilisés à ce trouble et leur pratique doit être encadrée.

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Les mécaniques addictives du jeu vidéo

Le jeu vidéo, comme le cinéma, est à la fois un art et une industrie. Des personnes passionnées travaillent dessus, mais le financement d’un jeu représente un budget parfois comparable à celui des blockbusters du cinéma. Or, la plupart des joueurs ont leurs titres préférés et ne varient pas beaucoup les jeux. Cela crée, chez les entreprises du jeu vidéo, un enjeu important pour retenir les joueurs, prolonger l’expérience de jeu et acquérir ainsi de nouveaux clients. Celles-ci vont alors utiliser des mécaniques bien connues du cerveau pour retenir les joueurs.

Le jeu vidéo, comme toute activité agréable, repose sur la stimulation du circuit de la récompense. Quand on joue, on fournit des efforts qui sont récompensés par un objet, un niveau débloqué, une nouvelle mission… Cette récompense active la sécrétion de dopamine, une hormone responsable de l’anticipation et de la motivation. Le cerveau identifie donc l’action du jeu comme agréable et qui mérite d’être recommencée.

Beaucoup de jeux vidéos reposent aussi sur des mécaniques d’imprévisibilité : les mêmes qui existent dans les casinos sur les roulettes, machines à sous ou autres jeux de hasard. Lorsque le système de récompense est imprévisible, le joueur a envie de prolonger l’expérience, pour découvrir de nouveaux objets ou niveaux. Notre cerveau aime l’aléatoire et le jeu vidéo récent s’en sert largement pour optimiser la rétention des joueurs.

Les jeux modernes sont aussi basés sur une progression constante, qui permet d’augmenter le temps passé à jouer. Dans la vie réelle, les récompenses arrivent lentement et sont incertaines. Dans le jeu vidéo, on progresse facilement, rapidement et chaque effort est mesurable, ce qui renforce une sensation de satisfaction. Cependant, cette progression constante rend l’arrêt du jeu plus difficile : naturellement, on a encore envie d’avancer et de prolonger cette expérience agréable !

Dans certains jeux en ligne, apparaît une pression du groupe dans lequel on joue : il faut jouer plusieurs heures avec l’équipe, être présent à des heures données, notamment pour profiter d’événements uniques. Cette mécanique participe à augmenter le temps passé à jouer, au détriment d’autres pratiques sociales ou culturelles.

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De nouveaux leviers pour retenir les joueurs

Depuis quelques années, aux mécaniques traditionnelles des jeux vidéos, s’ajoutent de nouveaux leviers qui rendent plus difficile la gestion du temps de jeu, notamment chez les plus jeunes. Les microtransactions, par exemple, sont nées dans les années 2010, sur les jeux mobiles, qui s’adressent en priorité à des néophytes plutôt qu’à des joueurs expérimentés. Cette mécanique repose sur plusieurs principes :

  • Le jeu prend du temps ou se bloque au bout d’un moment, ce qui nécessite de se reconnecter plus tard pour continuer à progresser
  • Il est possible de gagner du temps ou de continuer à avancer en payant
  • Payer permet d’accéder à plusieurs contenus exclusifs
  • Le paiement est généralement en monnaie “in-game”, qu’il faut acheter au préalable.

L’argent stimule le circuit de la récompense car il renforce la sensation d’immédiateté et permet de supprimer la frustration : expérience très agréable pour le joueur ! Les microtransactions renforcent aussi la sensation de puissance et de contrôle sur le jeu. Le joueur qui a investi de l’argent dans un jeu a envie de prolonger son expérience, de la rentabiliser et de continuer à avancer. C’est un mécanisme très puissant et très rentable, car ces paiements concernent souvent des éléments de jeu très faciles à coder : des skins (apparence du joueur), des objets, de nouveaux accessoires…

Une autre nouveauté mérite aussi d’être mentionnée : l’exploitation des données personnelles. Les jeux vidéos, en ligne ou non, collectent un grand nombre de données sur le comportement des joueurs et leurs habitudes :

  • Temps passé à jouer
  • Argent dépensé
  • Fréquence de jeu
  • Taux d’abandon après échec
  • Réaction aux récompenses…

Grâce à des algorithmes, les jeux peuvent désormais s’adapter au joueur et rendre l’expérience encore plus agréable en augmentant la fréquence des récompenses, en ajustant la difficulté et en proposant plus d’offres payantes ou de promotion. Voici un exemple de fonctionnement :

  • Le joueur échoue plusieurs fois lors d’une partie
  • L’algorithme identifie un pic de frustration
  • Le joueur a récemment dépensé pour avancer dans le jeu
  • L’algorithme lui propose donc une promotion pour le convaincre de payer pour progresser plus vite
  • La promotion est bien sûr limitée dans le temps et intervient à un moment de vulnérabilité, augmentant les chances d’obtenir le paiement.

Récemment, des spécialistes en sciences comportementales ont mené plusieurs travaux sur ces nouvelles mécaniques de jeu, estimant qu’elles représentent un changement sans précédent. Là où les joueurs avaient tous la même expérience, les entreprises du jeu vidéo emploient diverses stratégies pour identifier le profil du joueur et personnaliser l’expérience de jeu pour tirer le maximum de temps, d’engagement et d’argent.

Le cas particulier des enfants et adolescents

L’addiction aux jeux vidéos est encore mal connue des spécialistes et peut être difficile à identifier. Néanmoins, comme pour tout outil numérique, l’utilisation du jeu vidéo doit être contrôlée, maîtrisée et surveillée par le joueur. Chacun doit connaître les mécaniques addictives en jeu, pour pouvoir mieux y résister, mais aussi comprendre sa pratique et identifier d’éventuels problèmes. Si les adultes peuvent généralement maîtriser leur temps de jeu, les enfants et les adolescents ont plus de mal, pour plusieurs raisons :

  • Jusqu’à 25 ans, le cerveau est encore en cours de construction et les émotions ressenties sont fortes et il est difficile pour les enfants et les adolescents de les maîtriser comme les adultes. Il faut accompagner et nommer les émotions de jeu auprès des jeunes : frustration, progression, incertitude… Les connaître permet aux jeunes d’apprendre ensuite à les maîtriser, mais c’est un travail qui prend plusieurs années.
  • Chez les adolescents, les circuits de la récompense sont très actifs et la pression sociale peut être très forte. Il est donc difficile pour un ado de résister à la nouveauté, à la récompense rapide et à l’aléatoire.
  • La valeur de l’argent n’est pas toujours bien comprise chez les enfants et les ados, et ce phénomène est exploité par les microtransactions. Par exemple, si la monnaie du jeu est exprimée en centaines ou milliers, mais vaut quelques dizaines d’euros, il sera difficile pour le jeune de faire la conversion pour se rendre compte de ce qu’il dépense.
  • Les capacités à s’autoréguler sont encore en construction chez les enfants et les adolescents, et ce jusqu’à l’âge adulte. Si un adulte est capable de se tenir à 10 minutes de jeu, le jeune aura beaucoup plus de mal. Cette autorégulation s’apprend, se pratique au quotidien, mais il est nécessaire que les enfants soient accompagnés pour la maîtriser plus tard.
  • Enfin, les jeux récents sont disponibles 24h/24, 7j/7. Le smartphone est toujours dans la poche, l’ordinateur est souvent en accès libre : cette disponibilité permanente, couplée aux notifications encourageant à lancer une partie, n’aide pas les plus jeunes – et même les plus âgés ! – à maîtriser leur pratique.

Sources :

OMS

Bazar du grenier

© iStock

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